« Une phrase, c’est SUJET + VERBE + COMPLÉMENT. À la télévision, j’ai à peine dit le sujet que l’on me coupe déjà la parole… »

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Cette phrase assez ancienne étant de Laurent Fabius, on ne peut décemment pas dire qu’il n’était pas prévenu. Ce qui ne l’a pas empêché, lors de la dernière émission « Des paroles et des actes », de se faire laminer, déchiqueter, trucider et enfoncer par Nicolas Sarkozy, Maître, lui, du temps.

La première phrase de son « contradicteur » commençait à peine de faire dix mots qu’il rebondit sur l’un d’entre eux (« violence », certes pas le plus adroit) pour faire perdre ses moyens à un pauvre Laurent Fabius déjà tant perdant qu’il en tremblait. Il n’a pas, comme l’actuel président, le goût des formules simples, rapides et drôles, et sa remarque au début de cette chronique marque un certain dédain pour le petit écran qui ne retient que des extraits loin d’être essentiels. Malheur à lui, il ne sait pas que pour beaucoup de la nouvelle génération, la télévision elle-même est devenue trop bavarde et ses « meilleurs moments » se dégustent à répétition sur internet.

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Nicolas Sarkozy, lui, tant en bon conquerrant démocratique qu’en bon enfant de la télévision, sait profiter de chaque seconde pour placer ce qui fera mouche. Parfois ses mots ne sont pas dans le bon ordre, ses constructions grammaticales sont approximatives, qu’importe pour le spectateur, ses phrases ne sont pas écoutées en entier. On n’en retient que le bon mot.

Mais là ne s’arrête pas sa gestion du temps. Il sait aussi l’étirer. Car dans une émission comme celle de France 2, qui fait son possible pour braver les considérations d’audience et offrir du temps de débat, il peut être difficile pour un candidat de ne pas se faire coincer face à ses contradictions.

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Prenons, presque au hasard, le chiffrage du programme électoral de l’UMP dont le but est d’arriver à l’équilibre en 2016, soit faire 40 Milliards de recettes fiscales en plus et 70 milliards de dépenses en moins. « Comment ? », demandent les journalistes. La réponse alors s’étale sur plusieurs longues minutes, le président égrenant ses milliards d’économie avec le soucis économique d’un somalien comptant ses grains de riz. Tous les trois milliards, relance des journalistes qui voient le temps défiler et comprennent la manœuvre !

Peine perdue, jamais aucun candidat n’aura fini l’addition, soit parce que le budget de l’Etat ne peut pas atteindre aussi vite l’équilibre, soit parce que pour atteindre cet équilibre, il faudrait dévoiler des mesures si impopulaires que gagner en les déclarant relève du miracle.

Oui, Nicolas Sarkozy a encore prouvé qu’il était un excellent candidat, ce pourquoi ses adversaires (moi le premier) le prennent pour modèle, car s’il n’a pas encore prouvé que ces méthodes permettent d’emporter deux élections de suite, sa place tant enviée nous pousse à faire de même, crier haut et fort la formule désormais magique :

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